Wednesday, 23 October 2013

The Myth of Health Care



Paradoxe: délimitation psycho-médico-géographique de la porte qui cerne la ligne entre le sain d’esprit (l’hôpital, secteur physique) et ceux qui ont des plaies de l’âme indéfinie (l’hôpital, secteur santé mentale). Une frontière sans passeport, nécessitant une preuve que le cerveau--oui, ben-- cet engrenage à fonctions multidisciplinaires soit apparemment défectueux pour un temps non-préconçu. Deux entités, deux agents, deux univers, deux flocons de neige carrément différents. Anormal, très. Paradoxe, Oui. 



Les premiers pas vers l'inconnu


Ma première hospitalisation. Le premier goût à la souffrance du trouble alimentaire. La fois, de trop.

Ariana Marina Sams
13-14 ans Hôpital CHUL


Malgré le vide, je veux la vie 
Elle. Une personne que je ne reconnaissais plus. Moi. Je m’étais lancée un regard insensible et désarmé. Je me scrutais sans vraiment poser le regard sur le corps qui était là devant moi. Les lèvres pâles, le visage blême et livide, était-ce bien moi devant la glace ?  Une douleur gênée. Une honte.  Je me souviens seulement d’une sensation cette journée là. Celle avant de m’être égarée du présent, de ce moment d’intempéries. La chaleur accablante qui me montait jusqu’aux tempes, le cris strident juste avant de m’être écroulée, ensuite rien, une surdité effrayante. Je ne peux pas juger combien de temps que j’étais étalée sur le sol. La détresse cachée. La peur de ne pas porter une voix assez puissante. Je ne suis pas malade. La voix peinée de ma mère résonnait parmi le brouillard constant de ces pensées. Inexpliquée et silencieuse. Je ne pouvais plus en faire un sens. Je compte, je compte, je compte, tout. Tout.  Un agencement de couleurs scintillantes baladaient autour de moi. Etourdie. L’envahissement. Je me lève avec les mains bien ancrées sur le comptoir. Je me suis présentée devant l’entrée de la maison la tête penchée et le regard absent. Lourdeur pénétrante. Je me suis assise devant la porte. Ma mère révélait un sentiment de tourment. J’ai voulu la caresser.  C’était plutôt la confusion et le bruit intérieur qui me donnait un air d’indifférence. Je voulais qu’elle me serre contre elle.  Au fond de moi, à quelque part, se retrouvait l’envi de lui faire connaitre que tout allait être correcte.  Aucun son ne pouvait se traduire de mon cœur à ma bouche. Je t’aime. C’est ce que j’aurais voulu dire.  Est-ce qu’elle avait peur ? Le savait-elle? Personne n’a osé parler. Il n’y avait rien à dire. N’était-ce pas une rencontre banale qui m’attendait à Québec? Tous silencieux projetant un raffut coincé. J’ai fais un pas, j’ai mis les bras autour de son corps et elle a fait de même. Sa main longeait ma colonne, mes os et j’ai fait rapide de me retirer de notre sorte d'accolade maladroite. L'envie et l'incertitude de démontrer un mensonge, celui que j'allais bien. Il était temps de prendre route.
 Je me suis dirigée vers la voiture avec lassitude. Je sentais ma gorge se nouer comme si quelqu’un prenait plaisir à faire des nœuds-papillons démesurés dans mon œsophage.  Le voyage vers Québec s’est passé lentement. On a écouté les mêmes chansons de notre départ jusqu’à notre arrivée. Elles étaient lourdes. Québec nous a accueilli mon père et moi cette même soirée. La fatigue nous a mené vers un sommeil sans controverses.

C’était le matin de mon évaluation au Centre Hospitalier de l’Université Laval. J’allais faire la rencontre de la gastroentérologue. Je me souviens de l’odeur de l’air frais, une odeur ensorcelante qui m’apaisait un peu. Mon estomac était enthousiaste à me faire parvenir d’une anxiété un peu étourdi

Une infirmière m’a ordonnée de mettre une chemise d’hôpital. Un pédiatre est entré. Elle portait ses cheveux noirs tressés et avait quelques mèches qui se battaient pour sortir de sa chevelure rebelle. Elle m’a regardé un peu sèchement. J’étais allongée et j’étais inconfortable. Je ne voulais pas qu’elle me touche. Le médecin portait un air difficile à assimiler.  Elle m’a demandé de lever ma chemise d’hôpital pour qu’elle puisse palper mon ventre. Je voulais crier. J’étais pris au piège. Pourquoi mon ventre? Je ne voulais pas qu’elle puisse me voir. J’allais m’exposer et laisser ses yeux intrusifs m’analyser. Nue. Infraction. Perturbations. Esprits cinglés. Corps désamorcé. J’ai hésitée et j’ai levé la jaquette. Son visage calme et réservé est devenu crispé. Elle semblait alarmée et remplie de questionnements. Balivernes! Elle m’a fixé le ventre et a plissé le front. Ces mains ont parcourues mon corps. Je retiens le souffle. Le débit de son touché. Intrusif. Je ne voulais plus respirer, ni regarder. La pédiatre est partie et est revenue avec une machine à pression et un thermomètre. Elle m’a regardé avec un regard profond et franc. Elle ne souriait pas, les yeux toujours braqués sur moi. J’étais plutôt inquiète de son non verbal assez contraignant. Elle est repartie à nouveau, cette fois elle chuchotait dans le couloir. J’ai entendu  ces quelques mots ; cardiologie, hypothermie, instable. Le reste m’est échappé.  Mes pensées n’étaient plus cohérentes à ce moment.  Mon père m’a laissé seule. J’ai voulu fermé les yeux et disparaître de ce décor. Le docteur est revenue dans la chambre où mon influx de pensées était assez élevé. Elle m’a dit d’un ton ferme que je devais être hospitalisée comme prévue pour mes examens en gastroentérologie, sauf que j’allais changer d’unité.  J’allais être admise au département de cardiologie. Cardiologie? Mon coeur. Il ne va pas flancher comme ma tête? Quand mon père est revenu de dehors il avait l’air consterné et blanchâtre. Qu’est ce que j’avais foutu ? J’avais froid de ne plus pouvoir lui faire comprendre. Il m’a caressé et je l’ai regardé abattue. J’ai mal de ne pas comprendre, de ne pas avoir l’énergie pour verser mes inquiétudes. Qu'une larme, qu'une larme. J'aurais voulu laisser couler mon chagrin. Je voulais fermer les yeux seulement pour un instant, pour reprendre le souffle perdu, pour ne plus entendre les envies de mon corps et de mon cœur. Je voulais un moment sans le tout. Les cris. Un moment d'écart, de silence.

Le médecin m’a juré qu’elle allait revenir avant la fin de la journée. Elle n’avait pas besoin de me rassurer de cette façon.  Je ne voulais pas la revoir, pas elle, ni personne.   Je voulais être seule avec le trouble que j’avais semé et mon dégât intérieure.  Je ne voulais surtout pas le bruit du monde extérieur qui résonne. Je voulais être toute légère comme un oiseau avec son doux plumage, je voulais m’envoler loin dans l’univers d’un monde qui n'était pas des nôtres, je voulais nager à travers les plus immenses vagues jusqu’au bout de la terre, je voulais être libre comme le vent. Je ne voulais pas être prisonnière d’un corps comme celui que je portais. J’en demandais beaucoup trop. Je voulais ressentir le vide se remplir et laisser la lourdeur partir et se mêler avec le chaos de ce monde complexé par l’incompréhension.  En étant allongée sur mon lit, je regardais paisiblement le plafond, pensive. Une infirmière plus âgée m’a apporté un plateau pour le dîner. J’avais la nausée.   Je me rappelle encore de l’odeur du macaroni à la viande qui faisait faire un mouvement d’ascenseur à mon ventre.  J’ai pris quelques bouchées en enlevant la viande des nouilles. Je m’étais enfermée dans la salle de bain qui était face au lit. Je m’étais penchée devant la toilette. Je voulais me libérer de tout. Le mal. La colère. L'ennuie. L'amour. Je voulais qu’on me tienne la main et à la fois qu’on me laisse aller... Je voulais qu’on me prête une réponse aux obstacles. Qu’est ce que j’avais de si grave ? J’ai tiré la chaîne. Je me suis laissée tomber, la tête pressée contre mes mains. Je m’étais remise à faire la même activité qu’avant. Je regardais le plafond. Les yeux lourds de peine. Ces maux, trop de pensées sans mots pour l’expliquer. La douleur. Je compte, je respire, je souffle. Je m'endors.
Je voulais transmettre par osmose ce que je ressentais à mes proches. Je ne pouvais pas expliquer ce qui me chamboulait autant. J’étais trouée et je n’avais pas d’explications pour ce qui se produisait. Mon père est resté à l’hôtel cette soirée là. Une infirmière a pris ma tension artérielle et m’a piqué plusieurs fois sans succès. Elle m’a installé des électrodes sur les côtes et tout près de ma poitrine.  J’ai mal. Est-ce qu'elle me juge? J’ai froid. Je ne devrais pas recevoir ces attentions. Je m’étouffe. Je suis lourde. Partir, laissez-moi partir… J’étais branchée au mur avec un tourbillon de fils. Je veux serrer quelqu’un. Je veux m’éloigner. Je veux partir.
Sur mon lit, se trouvait un moniteur cardiaque. Le brassard me serrait et me pinçait un peu le bras. Je le méritais. La dame m’a regardé en me laissant savoir que les chiffres sur l’écran n’étaient pas hauts. Le vent sifflait à torrent entre mes deux oreilles. J’ai fixé au loin. Ces jeunes malades. Je ne suis pas malade comme eux. Ils sont là parce qu’ils souffrent. C’est de ma faute. J’ai laissé ma tête tomber durement sur mon oreiller qui sentait l’hôpital et j’étais partie pour un moment. Je m’étais levée plus tard avec les yeux exorbités quand j’ai entendu une alarme sonnée. Je me suis tournée, inquiète, troublée et embarrassée. Une lumière jaune s’est illuminée, suivie par des lignes instables qui gribouillaient le moniteur cardiaque en entier. Une phrase en lettres majuscules prenait place sur le coin du moniteur ; “Rythme Card. Irreg.’’ Merde. C’était certain à ce moment précis que ma vie prenait fin. L’infirmière est passée me voir. Elle m’a demandé de garder mon calme, de respirer et d’essayer de me rendormir, que les médecins allaient repasser. Je ne pense pas qu’elle ait compris l’état dans lequel j’étais. J’avais peur. J’étais forte. J’étais peut-être juste trop faible aussi. Étais-je si ignorante? Je voulais que la dame me jure que je n’aurais plus à m’inquiéter, en fait, que je n'allais pas prendre mon dernier souffle. Je ne veux pas tant partir...juste un peu. Je voulais que la tornade soit terminée.
Je ne connaissais pas de remède. Je ne ressentais aucune force, aucun espoir et la seule option était de croire en quelque chose d’abstrait qui me sauverait de ce qui m’acharnait. Je me suis répétée que je voulais vivre. Les larmes coulaient chaudement sur mon visage terne. Je pleure. Je pleure. Je pleure. Je ne comprends rien. Je veux qu’ils comprennent. J’aime. Je suis simplement troublée et je n’ai pas de réponses claires. J'ai peur de quoi? Le froid. La vie. Je veux que le monde entier m’entende, mais je n’ai plus de voix. 

CHUL, 2007

Deep-resting



They are serrated. Shivers. They plunder their way across the entity of my body acting as autocrats.  Uninvited, they are snakelike and intrusive. They don’t seem to be acting appropriately as they have an amplified power of seduction towards the grasping, frigid air. Frantic. Sudden. I am cold and stiff. My eyes feel like lead drowning into my cheeks. The hardness of the wood under me feels damp. This may be the closest experience to paralysis that I will ever succumb to. I stare at the ceiling. I can’t feel anything. I am impaired. The wiring and circuits throughout my brain somehow just refrained from being functional. Neurons. They aren’t transmitting. Anything. Sucked out into this lapse of undetermined time. I keep inhaling the dryness of nothing at all, chocking on saliva that has made an abrupt appearance around the lining of my throat. I cough. This disrupts the deafening silence. The noise sails through canals, channeling towards numerous areas of this inert body. Electrical-shock-communication. Wither out of the nothing.  The sedation is over when footsteps are near. They imply words. Feet stomp into the room. I do not look anywhere but where my vision has guided me. The voice asks me what the hell I am doing on the floor. That was a previous question that I had posed to my mind. I rapidly gave up on the answer, not wanting to search within, in vain of auto-humiliation. My neck feels like it has been molded into the floor, my head acting like a piece of furniture. My arms stay anchored to the sides of my own person, protecting it. I swing my head up, while it crashes heavily back onto the floor, this time facing a foot. She, the person above the organ besieging me orders me to get up. I stare at the blueness of the puffed structures that creep up her entire leg. There is so much life within those tiny vesicles.  The foundation of life itself flows within the cylindrical cables.  My eyes ache. I try to speak.

Eyes shut. Today, I crashed.


Eyes Wide Shut


"Eyes closed, mouths open, as if in a dream. Standing facing us with their backs to the darkness, they sing, soundless; they have been standing here, singing for themselves for a long time, imagining us, hearing. Standing, facing days of tedium, facing a world that has adorned them with a false crown. Standing, waiting."   


-Iranian Photographer Newsha Tavakolian on her series “Listen," which photographs Iranian female singers banned from performing publicly or recording in the country. 

Source

Vai, vai bambino vai vedrai, vai





''Go, go child, go, you'll see, go
go, go little one, go you'll see, go
you'll see

where fortune walks
you can't reach there with the heart any more
only with your feet on the moon
oh my child, you'll see
go and you'll see that
a smile 
often hides a great sorrow
go and you'll see 
the madness of mankind

madness



of mankind without rightness, go
madness
of warriors without fear, go
madness
of a child full of life
who, playing at paradise
as a soldier was killed
My child you will see
go and you'll see that a smile
often hides a great sorrow
go and you'll see 
madness
go and you'll see 



the madness of mankind''